Situation économique

La Moldavie, petite économie très ouverte, est frappée de plein fouet par l’aggravation de la crise dans la région et par la crise politique qui a suivi les élections législatives d’avril 2009.

Trois canaux sont à l’œuvre et amplifient l’ampleur de la crise :

- baisse des transferts des migrants : l’entrée en récession de la Russie et de l’Italie, principales destinations des migrants, a déjà entraîné une chute de ces transferts de plus de 30% (en dollars) sur le premier trimestre.

Pour mémoire, la Moldavie cumule les records en matière d’émigration de travail selon la Banque Mondiale : la proportion la plus importante de transferts sur PIB au monde avec le Tadjikistan (36% du PIB selon le Migration Remittances Factbook 2008) et la proportion de population active émigrée la plus importante (avec une estimation de 500000 moldaves à l’étranger).

Certains facteurs devraient néanmoins limiter le ralentissement de ces transferts.

En Europe (Italie, Portugal), les Moldaves travaillent essentiellement dans les services sociaux, moins touchés par la crise.

L’affaiblissement (certes lent) de la monnaie moldave par rapport au dollar augmente le pouvoir d’achat en lei de ces transferts, essentiellement envoyés en dollars.

Enfin, si un certain nombre de migrants sont déjà rentrés, la situation dégradée du marché du travail en Moldavie les pousse néanmoins le plus souvent à rester dans leur pays d’émigration. En Russie, la plupart sont des travailleurs saisonniers, majoritairement employés dans la construction, et ils se sont souvent déplacés des grands centres urbains (Moscou, Saint-Pétersbourg), vers les rares chantiers encore en activité (chantier olympique de Sotchi notamment). Mais beaucoup pourraient ne pas retrouver d’emploi ;

- baisse des investissements étrangers : la conjoncture internationale et la hausse de la prime de risque sur le pays devrait entraîner un brutal ralentissement des investissements directs et des investissements de portefeuille. Malgré un lent affaiblissement de la devise, le maintien d’un lei toujours relativement fort par rapport aux devises régionales qui ont connu des dévaluations franches, renchérit également le coût de la main d’œuvre, qui constituait jusqu’à présent un des atouts du pays ;

- baisse des échanges commerciaux : l’entrée en récession des principaux pays partenaires de la Moldavie (Roumanie, Russie, Italie) a entraîné un effondrement des exportations (-20% en glissement annuel en février). Les difficultés politiques avec la Roumanie, 1er partenaire commercial en 2008, suite aux émeutes du 7-8 avril, se sont également traduites par un ralentissement des échanges commerciaux entre les deux pays et avec l’Union européenne.

Parallèlement, le ralentissement des transferts des migrants et des investissements a entraîné un effondrement des importations de biens de consommation et d’équipement (-60% en mars en glissement annuel selon le FMI, une tendance qui s’aggrave chaque mois). Ce phénomène permet certes de résorber le déficit du compte courant et de limiter par conséquent les besoins en financement extérieur, mais les conséquences sont catastrophiques pour le budget, dont 60% des recettes sont liées aux importations.

En raison des faibles capacités d’absorption du marché intérieur (moins de 4 millions d’habitants), le ralentissement de la demande extérieure a entraîné une rapide détérioration de la production industrielle (-24% en glissement annuel sur le premier trimestre), après des années de stagnation (+0,8% en 2008, la première croissance positive depuis 3 ans). L’industrie est en effet très largement dominée par l’industrie viticole, qui se remettait à peine de la levée de l’embargo russe sur les vins moldaves, avant d’être frappée par la crise.

Dans ce contexte, le FMI prévoit une récession de 5%, qui pourrait s’aggraver si les problèmes budgétaires ne sont pas résolus rapidement. La crise devrait par ailleurs se traduire par une aggravation de la situation sociale. Le ralentissement des transferts des migrants et la hausse du chômage devraient particulièrement affecter les campagnes, où les dernières années de croissance avaient permis une amélioration sensible des conditions de vie.

Dernière modification : 26/09/2009

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